La Blanchère, Plantes et animaux

Plantes et animaux. Récits familiers d'histoire naturelle (1867) est un livre de vulgarisation illustré, réunissant des textes parus plus tôt dans le Journal pour tous. Leur auteur, le naturaliste Henri de La Blanchère, qui dédie l'ouvrage à ses enfants, leur indique : “Je m'efforce d'y être simple, pittoresque et le moins savant possible, sans négliger cependant de frapper, chaque fois que je le puis, votre attention par l'énoncé de faits remarquables et bien constatés de la science actuelle1”.

Les sections du livre sont presque toutes précédées d'épigraphes en vers, empruntées à des poètes comme Lamartine, Pierre Dupont, Mulsant, Castel, La Fontaine, Florian, Horace, Shakespeare et Tennyson… ou au chant 3 de L'Homme des champs. Ce dernier choix est peut-être motivé par des raisons religieuses. La Blanchère ne masque pas sa foi en Dieu : dans la tradition des mirabilia, ses récits doivent permettre d'apprendre, dès le plus jeune âge, à “remonter souvent, par l'amour et l'admiration de ses œuvres, vers la contemplation de Celui qui a tout créé2”. Or, au début du chant 3, Delille invitait déjà les observateurs de la nature à “monter de l’ouvrage à l’auteur” (vers 6).

La Blanchère tire de L'Homme des champs l'épigraphe d'un chapitre sur “La courtilière” :

               X
          LA COURTILIÈRE.

          Vous-mêmes dans ces lieux vous serez appelés,
          Vous, le dernier degré de cette grande échelle,
          Vous, insectes sans nombre, ou volants ou sans aile,
          Qui rampez dans les champs, sucez les arbrisseaux,
          Tourbillonnez dans l'air, ou jouez sur les eaux.

                    Delille.

     Un jour (il y a bien longtemps de cela, j'avais quinze ans), j'étais sorti dès l'aube en quête de nouveau ; car il y a quelques enfances ainsi faites qu'il leur faut voir, voir…, voir sans cesse pour être satisfaites. J'étais une de ces natures, et sans observer, dans le sens régulier du mot, — à cet âge, on est d'ailleurs incapable, — j'étais tourmenté d'une curiosité insatiable vis-à-vis de tous les phénomènes qui tiennent à l'histoire naturelle3.


Vers concernés : chant 3, vers 534-538.

Une seconde citation sert d'épigraphe à un chapitre sur un oiseau, “Le cincle d'eau” . Ici encore, les vers sont suivis d'un récit à la première personne, qui associe l'exposé des savoirs à un souvenir.

               XV
          LE CINCLE OU MERLE D'EAU.

          Ici, modeste encore au sortir du berceau,
          Glisse en minces filets un timide ruisseau,
          Là s'élance, en grondant, la cascade écumante ;
          Là le zéphyr caresse et l'aquilon tourmente.
          ……………………………………………………………………
          Ici de frais vallons, une terre féconde ;
          Là des rocs décharnés, vieux ossements du monde.

                    Delille.

     Juin répandait sur nos têtes la chaleur de son soleil brûlant ; nous parcourions les admirables montagnes des Vosges, et déjà, depuis trois heures, nous marchions, montant, montant toujours, sans trêve ni merci, et surtout sans ombrage. A notre départ — au point du jour — nous avions vu la forêt si proche, grâce à la merveilleuse limpidité de l'air dans ces régions, que nous aurions cru presque la toucher du doigt4.


Vers concernés : chant 3, vers 333-336 et 339-340.


Auteur de la page — Hugues Marchal 2017/02/22 19:52


1 Henri de La Blanchère, Plantes et animaux. Récits familiers d'histoire naturelle, Paris, Charles Delagrave et Cie, 1867, p. i.
2 Id.
3 Id., p. 81. – Première parution dans le Journal pour tous. Magasin littéraire illustré, vol. 16, n° 804, 14 juin 1865, p. 351-352.
4 Id., p. 147. – Première parution dans le Journal pour tous. Magasin littéraire illustré, vol. 16, n° 823, 19 août 1865, p. 655.