Arcade, Philosophie naturelle

Publiée en 1820 sous le pseudonyme d'Arcade, cette Philosophie naturelle en deux volumes s'inscrit dans le champ des ouvrages pseudo-scientifiques, dus à des auteurs professant une vision hétérodoxe des savoirs. Ancien négociant, l'auteur entend en effet y établir un système complet de l'univers, embrassant réalités naturelles et métaphysique, et comme sa préface l'indique, ce défenseur tardif de la physique cartésienne entend notamment prouver que “la philosophie neutonienne, en ce qui concerne la théorie, n'est guère moins qu'un chaos d'absurdités, quoiqu'en disent cet amas épouvantable de chiffres, et cette longue suite d'expériences aussi minutieuses que futiles1” correspondant aux démonstrations mathématiques et aux preuves expérimentales mises en avant par le savant anglais.

Une des sections de l'ouvrage déroule une brève biographie de plusieurs savants dont Arcade tient les découvertes pour importantes. C'est le cas de Buffon, auquel l'auteur refuse d'accorder le même génie qu'à Linné, mais dont il loue le style, le souci de trouver Dieu dans toute la nature et les énormes capacités de travail. Si Arcade reprend à cette occasion les vers du chant 3 de L'Hommes des champs, dans lesquels Delille regrettait que le naturaliste ait trop peu observé par lui-même, ce reproche a d'évidence peu de poids à ses yeux, puisqu'il a balayé, au sujet de Newton, l'importance des faits expérimentaux.

Buffon avait la constitution d'un athlète. Le temps de son travail était mesuré : c'était régulièrement quatorze heures par jour. C'est à Monbard, en Champagne, département de l'Yonne, qu'il composait ses ouvrages, d'après les nombreux mémires qu'il se procurait sur les divers objets qu'il avait à traiter :

     Des bosquets de Monbard Buffon jugeait le monde,
     A des yeux étrangers se confiant en vain,
     Il vit peu par lui-même ; et, tel qu’un souverain,
     De loin et sur la foi d’une vaine peinture,
     Par ses ambassadeurs courtisa la nature.

               Delille, Homme des champs.

Il mourut atteint de la pierre, le seizième d'avril 17882 […].

Vers concernés : chant 3, vers 180-184.

Dans le second tome, Arcade inclut encore quatre vers à la louange de Buffon, tirés du même chant. Ils forment cette fois une section autonome, dotée d'un titre ajouté par l'auteur.

          A LA MÉMOIRE DE BUFFON

Gloire, honneur à Buffon, qui, pour guider nos sages,
Éleva sept fanaux sur l’océan des âges ;
Et, noble historien de l’antique univers,
Nous peignit à grands traits ses changements divers !

               Delille, Homme des ch., iii3.

Vers concernés : chant 3, vers 175-178.

Les italiques signalent une légère modification (passage de “ces” à “ses”).

Delille occupe par ailleurs une place considérable dans le volume.

D'une part, Arcade donne pour épigraphe à l'ensemble de son ouvrage un vers de L'Imagination, “Tout est surnaturel dans toute la nature4”, en le séparant toutefois de son contexte pour lui donner une actualité étrangère à la source (la formule apparaissant pour décrire, sous la plume de Delille, les religions antiques).

D'autre part, il encore au moins huit fois ce même poème5 et vingt-quatre fois Les Trois règnes6, mais aussi le Dithyrambe sur l'immortalité de l'âme7, les Poésies fugitives8, la traduction des Géorgiques9 et celle du Paradis perdu10


Auteur de la page — Hugues Marchal 2019/08/03 09:49


1 Arcade, Philosophie naturelle, où les phénomènes naturels sont expliqués par les lois de la mécanique, Paris, Delaroque jeune, 1820, t. I, p. xix.
2 Id., p. 203-204.
3 Id., t. II, p. 60.
4 Id., page de titre.
5 Id., t. I, p. 136, 198 et 269 ; t. II, p. 13, 16, 17, 60, 78.
6 Id., t. I, p. xvi, 22, 29, 39, 56, 59, 63, 93, 95, 142, 182, 202, 261-262 et 345 ; t. II, p. 21, 30, 38, 61, 68, 203-204, 206, 215-216, 218 et 254.
7 Id., t. II, p. 193.
8 Id., t. II, p. 519.
9 Id., t. I, p. 257 et 310 ; t. II, p. 244.
10 Id., t. II, p. 63, 162, 187, 188, 214 et 245.