Pougens, “L'Homme des champs, ou les Géorgiques françaises” (Bibliothèque française)

Pougens publie dans sa Bibliothèque française un compte rendu de L’Homme des champs étalé sur trois livraisons, en septembre1, octobre2 et décembre3 1800.

Le fait que la publication se soit échelonnée durant l’automne permet à Pougens de discuter, au fil du texte, l’avis d’autres critiques. Le journaliste, qui signe sa contribution, ne cache pas qu'il fait partie des libraires responsables de la commercialisation du poème. Bien que son compte rendu soit très élogieux et s’apparente en partie à un prospectus, Pougens expose quelques réserves sur le poème et surtout, il communique aux lecteurs une note scientifique inédite, destinée au chant 3. Présentée comme un ajout à venir dans les prochains tirages, elle ne sera finalement pas intégrée au livre, mais elle constitue une des marques de la mobilité du texte et de sa capacité à évoluer encore au fil des impressions.

Les informations commerciales se concentrent dans la première livraison, puisqu’en début d’article, Pougens indique : “On trouvera à la suite de cette analyse la note des diverses éditions, avec les prix pour Paris, et franco pour les départemens4”. Comme de nombreux critiques, Pougens insiste ensuite sur l’impatience du public, qu’il met en avant pour justifier l’ampleur de son compte rendu et son désir de donner sans tarder au lecteur des extraits de l’œuvre.

Cet ouvrage promis, desiré depuis si longtemps paroît enfin. Le dieu du goût, celui des bons vers viennent de ceindre d'une triple couronne la tête poétique et sensible du Virgile de la France. Le public qu'une longue disette a dû rendre plus impatient et plus avide, me saura gré, sans doute, de ne point suspendre ses jouissances par des réflexions préliminaires et de rejetter à la fin de cette analyse quelques observations qui naissent du sujet même5.

Cette “analyse” prend donc la forme d’un parcours successifs des parties du livre : les chants 1 et 2 sont abordés dans la première livraison, le chant 3 occupe toute la seconde livraison, et le dernier article combine à l’examen du dernier chant des considérations plus générales, tout en évoquant les notes. Chaque chant est parcouru dans l’ordre du texte. Pour en présenter le contenu, Pougens reproduit les indications de la préface (un dispositif déjà employé dans les prospectus), puis de brefs résumés alternent avec d’amples citations des vers, accompagnées de divers commentaires. Pougens sélectionnant les lignes qui lui semblent les plus réussies ou celles qu’il juge au contraire décevantes, il alterne en effet félicitations et réserves, tout en entrelaçant sa parole à celle du poète.

Cette souplesse s’affirme dès le premier article.

Pougens se montre le plus souvent enthousiaste, quitte à ferrailler avec d’autres critiques : ainsi, pour lui, tel vers du chant 1 “veng[e] Delille du reproche injustifié d’insensibilité que lui on fait, non ses ennemis, car la supériorité de ses talens et la douceur de son caractère ont émoussé les traits de la calomnie ; mais certains esprits froids qui glacent tout ce qu’ils touchent 6”. Il souligne des passages faits pour toucher les “êtres aimants et sensibles », les « images douces et […] riantes7”, les manifestations chez Delille d’une “sensibilité […] tamisée”, capable de s’emparer avec fruit d’une “idée romantique8”, la personnification des plantes ou des roches, pour “vivifier les êtres inanimés9”. Il loue Delille pour avoir, dans le chant 2, sur l’agriculture, “dédaign[é] les sentiers rebattus des poëtes géorgiques” afin d’explorer “une carrière nouvelle10”.

Ailleurs toutefois, Pougens, protestant de sa neutralité, n’hésite pas à se poser à son tour en censeur. Face aux alexandrins un peu lestes où Delille lie théâtre et libertinage, il explique par exemple : “Admirateur du Virgile de la France, mais fidèle aux sévères principes d'impartialité que se sont imposés les auteurs de ce journal, je voudrois qu'il me fût permis d'imiter cet artiste ingénieux qui peignit la muse de l'histoire arrachant quelques feuillets de la vie du grand Condé : j'oserois alors effacer [c]es vers11”. Pougens avoue donc volontiers que “quelquefois, s’oubliant lui-même, [Delille] disparoît aux yeux de ses admirateurs pour sourire un instant à ses critiques12”. Il signale des expressions opaques13, la présence de “vers d’épîtres14” qu’il associe à un “style négligé15”.

Mais ce regret est constamment nuancé par l’affirmation les « incorrections [sont] fugitives et légères16“, dans un texte rempli de réussites, qui, remarque plus originale, ne cessent d’apparaître à chaque examen : “si le microscope en main on parvient à compter les taches de ce charmant ouvrage, d'innombrables beautés échappent à la plus attentive lecture17”.

Ce battement se retrouve dans le parcours du chant 3, dont Pougens donne de larges extraits. Il égrène des motifs nouveaux d’éloge : Delille a l’art de vaincre la difficulté, rappelle certains peintres, montre ce que la poésie apporte en hauteur de vue à la philosophie. Et introduit également certains critères de réserve, par exemple quant au goût du poète pour le trait d’esprit.

L’analyse commence par opposer à l’incipit, jugé brillant, une ligne manquée :

Le vulgaire voit tout avec indifférence :
Des desseins du grand Être atteignant la hauteur,
Il ne sait point monter de l'ouvrage à l'auteur.
Non, ce n'est pas pour lui qu'en ses tableaux si vastes
Le grand peintre forma d'harmonieux contrastes :
Il ne sait pas comment, dans ses secrets canaux,
De la racine au tronc, du tronc jusqu'aux rameaux,
Des rameaux au feuillage accourt la sève errante ;
Comment nait des cristaux la masse transparente,
L'union , le reflet et le jeu des couleurs.
………
C'est pour l'ami des arts qu'existe la nature.
………
Là tout est élégance, harmonie et beauté.
C'est la molle épaisseur de la fraiche verdure,
C'est de mille ruisseaux le caressant murmure,
Des côteaux arrondis, des bois majestueux
Et des antres rians l'abri voluptueux.

Après de si beaux vers, on est fâché de voir celui-ci. L'auteur parle de ces grands désastres de la nature qui ont répandu, confondu en une vaste mer,

Et les eaux de la terre et les torrens de l'air18.

Vers concernés : chant 3, vers 4-13, 20, 30-34 et 50.

La réserve est aussitôt contrebalancée par un exemple de réussite  :

Mais si quelquefois Jacques Delille, infidèle à son génie, laisse échapper de sa plume une image pâle ou quelques vers foibles, semblable à ce géant fils de la terre, qui retrouvoit ses forces dès que son corps l'avoit touchée, l'auteur des Géorgiques se relève toujours plus fier, plus brillant ; et dérobant au Poussin ses hardis pinceaux, sa sombre palette, il continue à nous peindre le globe submergé par les eaux du déluge, qui changea instantanément sa surface,

Joignit deux continens dans Ies mêmes tombeaux,
Du globe déchiré dispersa les lambeaux,
Lança l'eau sur la terre et la terre dans l'onde,
Et roula le chaos sur les débris du monde.

L'auteur peint ensuite un village ruiné.

Ailleurs ces noirs sommets dans le fond des campagnes
Versèrent tout-à-coup leurs liquides montagnes,
Et le débordement de leurs bruyantes eaux
Forma de nouveaux lacs et des courans nouveaux19.

Vers concernés : chant 3, vers 53-56 et 103-106.

Le jeu se poursuit dans la suite du texte, que nous segmentons simplement pour introduire les références de vers cités.

Je doute que jamais les ravages des fougueux aquilons puissent être exprimés d'une manière plus poétique que dans les vers suivans :

Tantôt de l'ouragan c'est le cours furieux ;
Terrible, il prend son vol, et dans des flots de poudre
Part conduisant la nuit, la tempête et la foudre,
Balaye, en se jouant, et forêt et cité ;
Refoule dans son lit le fleuve épouvanté,
Jusqu'au sommet des monts lance la mer profonde,
Et tourmente en courant les airs, la terre et l'onde.
………
Et la terre sans fruits, sans fleurs et sans verdure,
Pleure en habits de deuil sa riante parure20.

Vers concernés : chant 3, vers 122-128 et 131-132.

Moins heureux dans la comparaison de ces explosions instantanées des volcans avec les orages du cœur, qui froissent nos sens et flétrissent les fleurs de la vie, il passe à une contemplation plus douce des merveilles de la nature, reproche à Buffon de l'avoir observée du fond de ses bosquets.

A des yeux étrangers se confiant en vain,
Il vit peu par lui-même, et tel qu'un souverain,
De loin et sur la foi d'une vaine peinture,
Par ses ambassadeurs courtisa la nature21.

Vers concernés : chant 3, vers 181-184.

Aux riantes peintures des paysages de la Limagne il ajoute celles des monts sourcilleux qui environnent cette belle partie de la France.

En voyant du passé ces sublimes images,
Ces grands foyers éteints dans des siècles divers,
Des mers sur des volcans, des volcans sur des mers,
Vers l'antique chaos notre ame est repoussée,
Et des âges sans fin pèsent sur la pensée22.

Vers concernés : chant 3, vers 196-200.

Que de poésie et de profondeur dans le tableau de ces grands désastres qui ont accumulé l'un sur l'autre les débris tour-à-tour régénérés et engloutis sous cette pellicule que l'homme, dans son impuissance, a nommé les entrailles de la terre !

Peindrai-je ces vieux caps sur les ondes pendans,
Ces golfes qu'à leur tour rongent les flots grondans,
Ces monts ensevelis sous ces voûtes obscures,
Les Alpes d'autrefois et les Alpes futures ?
Tandis que ces vallons, ces monts que voit le jour,
Dans les profondes eaux vont rentrer à leur tour ;
Echanges éternels de la terre et de l'onde,
Qui semblent lentement se disputer le monde.

Encore des concetti. Pardon, digne émule du chantre d'Enée ; mais les vers suivans seroient-ils donc un présent que vous faites à vos injustes censeurs ?

Et le monde vieilli, par la mer qui voyage,
Dans l'abîme des temps s'en va cacher son âge23.

Vers concernés : chant 3, vers 257-264 et 267-268.

Les énormes et imposans glaciers que renferment la France ne pouvoient être oubliés par le chantre de la nature.

Ici de frais vallons, une terre féconde ;
Là des rocs décharnés, vieux ossemens du monde :
A leur pied le printemps, sur leurs fronts les hivers,
Salut, pompeux Jura, terrible Montanverts,
De neige, de glaçons entassemens énormes,
Du temple des frimats colonnades informes,
Prismes éblouissans , dont les flancs azurés
Défiant le soleil dont ils sont colorés,
Peignent de pourpre et d'or leur éclatante masse ;
Tandis que triomphant sur son trône de glace,
L'hiver s'enorgueillit de voir l'astre du jour
Embellir son palais et décorer sa cour24.

Vers concernés : chant 3, vers 339-350.

Que de charmes ! quelle imposante grandeur ajoute la poésie aux vastes méditations du philosophe observateur ! Je citerai les vers suivans, à l'appui de cette assertion :

Et les humbles tribus, le peuple immenses d'herbes,
Qu'effleure l'ignorant de ses regards superbes,
N'ont-ils pas leurs beautés et leurs bienfaits divers ?
Le même Dieu créa la mousse et l'univers25.

Vers concernés : chant 3, vers 395-398.

Ici Jacques Delille, poëte et philosophe sensible, décrit les doux entretiens des véritables amans de la nature.

Leurs discours ne sont pas tous ces riens si vantés,
Par la mode introduits, par la mode emportés,
Mais la grandeur d'un Dieu, mais sa bonté féconde,
La nature immortelle et les secrets du monde26.

Vers concernés : chant 3, vers 457-460.

Les vers suivans pourroient servir de devise au philosophe sagement propriétaire de lui-même, qui, réſugié dans ses souvenirs, auroit parcouru les divers ordres de la société, et qui, mécontent du voyage, auroit senti que l'observation exclusive de l'homme ne suffit point à l'homme penseur, et que descendre jusqu'à l'examen de l'instinct si varié des animaux, c'est s'élever à la plus haute, contemplation de la nature.

Etudiez leurs mœurs, leurs ruses, leurs combats,
Et sur-tout les degrés si fins, si délicats,
Par qui l'instinct changeant de l'échelle vivante
Ou s'élève vers l'homme, ou descend vers la plante27.

Vers concernés : chant 3, vers 477-480.

Voici quelques vers qui suffiroient pour attester l'étonnante supériorité du Virgile de la France dans l'art de vaincre les difficultés.

Le lichen parasite aux chênes attaché,
Le puissant agaric, qui du sang épanché
Arrête les ruisseaux, et dont le sein fidelle
Du caillou pétillant recueille l'étincelle ;
Le nénuphar , ami de l'humide séjour,
Destructeur des plaisirs et poison de l'amour,
Et ces rameaux vivans, ces plantes populeuses,
De deux règnes rivaux races miraculeuses28.

Vers concernés : chant 3, vers 509-516.

Je regrette de ne pouvoir citer ici en entier un des plus beaux morceaux de poésie descriptive qui soit jamais sorti de la plume d'un poëte , celui où Jacques Delille , armé du pinceau de Miéris et de Gérard Dow, peint à son lecteur étonné les myriades d'insectes qui habitent l'air, les eaux et les végétaux de toute espèce.

Chefs-d'œuvres [sic] d'une main en merveilles féconde,
Dont un seul prouve un Dieu, dont un seul vaut un monde.
………
Sur-tout des animaux conservez l'habitude ;
Conservez à chacun son air, son attitude,
Son maintien, son regard ; que l'oiseau semble encor,
Penché sur son rameau, méditer son essor.
Avec son air frippon, montrez-nous la belette,
A la miné allongée, à la taille fluette ;
Et sournois dans son air, rusé dans son regard,
Qu'un projet d'embuscade occupe le renard ;
Que la nature enfin soit par-tout embellie,
Et même après la mort y ressemble à la vie.
Laissez aux cabinets des villes et des rois
Ces corps où la nature a violé ses lois,
Ces fœtus monstrueux, ces corps à double tête,
La momie à la mort disputant sa conquête,
Et ces os de géant, et l'avorton hideux
Que l'être et le néant réclamèrent tous deux.
Mais si quelqu'oiseau cher, un chien ami fidèle,
A distrait vos chagrins, vous a marqué son zèle,
Au lieu de lui donner ces honneurs du cercueil,
Qui dégradent la tombe et profanent le deuil,
Faites-en dans ces lieux la simple apothéose ;
Que dans votre Elysée avec grace il repose !

Ce chant, l'un des plus riches de ce poëme, est terminé par l'éloge d'une chatte qui fit long temps les délices du poëte, on y trouve une foule de vers charmans29.

Vers concernés : chant 3, vers 575-576 et 611-632.

La lecture du chant 4 conduit Pougens à s’interroger sur la disparate du poème. Ce dernier chant contient de “magnifiques fragmens”, dont pourtant le lecteur, « s’il n’étoit point dans le secret du titre, [ne pourrait croire] qu’ils appartiennent à l’Homme des champs, aux Géorgiques françaises30”. Il s’agit, pour Pougens, de “morceaux détachés”, tout comme la peinture des jeux de société, qui, au chant 1, relève de la ville autant que de la campagne.

Puis Pougens réaffirme que sa lecture s’est voulue impartiale et il engage un dialogue, plus ou moins avoué, avec les autres critiques de l’œuvre. D’une part, il rappelle que Delille dispose de titres de gloire imposant une certaine mesure dans la satire, et mêlant œuvres antérieurs et projets en cours, il explique :

L’auteur des Géorgiques françaises, du poëme de l'Imagination, des Jardins, de Malheur et Pitié, des trois Règnes, le Traducteur, l'Émule de Virgile, a des droits sacrés au respect de tous ceux qu'embrase une seule étincelle de ce feu divin qui constitue l'ame et la pensée31.

Évoquant les lectures les plus politiques de l’œuvre, il renvoie dos-à-dos les journalistes qui ont voulu y voir un traitre à la République ou l’une de ses victimes. Delille est constamment resté une gloire nationale, qui à sa place en France  :

J'ai gémi, et peut-être avec trop d'amertume, sur quelques distractions échappées à cet homme illustre, que la France réclame, et dont elle n'a jamais consenti l'exil dans aucune circonstance, même durant celle où “tout étoit crime, excepté le crime”, et où les dons du génie étoient le plus grave de tous, le moins sûr d'être pardonné32.

Pougens écarte ensuite la question des emprunts aux poètes anglais, qui avaient conduit certains journalistes, notamment étrangers, à parler de plagiats :

Il me resteroit peut-être à noter les imitations, les emprunts faits aux poëtes anciens, sur-tout à ceux de l'Angleterre ; mais ces scholies seroient bien arides, et d'ailleurs Jacques Delille a été le premier à indiquer ce qu'il devoit en ce genre aux étrangers : s'il a oublié d'ajouter aux noms de Pope, de Thomson, de Goldsmith, ceux de Spencer, Akenside , Shenstone, Beattie, Masson, Ibayley, etc., doit-on lui en faire un reproche ? […] Certes, je suis loin de vouloir inculper les poëtes, les écrivains des autres nations : mais ceux qui conviennent avec une sorte d'orgueil de tous les laborieux emprunts qu'ils ont faits à Homère, Virgile, Eschyle, Euripide, Aristophane, Plaute et Térence, oublient volontiers dans leur confession poétique Corneille, Racine, Molière ou la Fontaine. Et Jacques Delille a nommé les principales sources dans lesquelles il a puisé un assez grand nombre des beaux vers qui viennent de consolider sa gloire33.

Pique contre Chaussard et autres critiques ayant procédé à des relevés chiffrés, Pougens explique encore :

Je n'imiterai point quelques critiques, sans doute plus habiles que moi, et qui ont eu la patience de compter les rimes homogères, dont le retour, peut-être trop fréquent, a fait perdre à quelques-uns de ses vers le charme des tournures variées34.

L’article se termine par un éloge des notes et par la divulgation d’un document resté inédit, établi par le physicien, géologue et géographe Nicolas Desmarest, qui était le collègue de Pougens à l’Institut.

Le texte se rattache, d’évidence, aux vers vers 189-200.

Ce beau poëme est terminé par un grand nombre de notes savantes et judicieuses, qui elles-mêmes fourniroient la matière d'un ouvrage intéressant. Je m'abstiendrai d'en rapporter aucune ; mais je crois faire plaisir au lecteur en insérant ici celle de mon savant et estimable collègue N. Desmarest, qui devoit être la dixième du chant troisième, et qui a été omise dans les éditions publiées jusqu'à ce jour.
“On distingue dans les montagnes de l'Auvergne les produits du feu avec assez de précision, pour en déduire les époques successives des opérations de la nature qui ont eu lieu depuis que le feu y a exercé ses ravages. En commençant par les temps les moins reculés, l'on découvre des vestiges du feu dont les centres d'éruption sont placés sur le plateau élevé qui sert de base au Puy-de-Dôme, tandis que l'extrémité des courrans de laves qu'ils ont versées au-dehors va se perdre dans la profondeur des vallons et des golfes de la Limagne en particulier : ce qui a obligé ces courans à parcourir une pente de deux cent cinquante toises de longueur.
“Ensuite remontant vers des âges plus éloignés, l'on peut voir de semblables vestiges du feu, dont l'origine se trouve sur ces mêmes plateaux ou sur des hauteurs égales et correspondantes, mais dont les courans se sont conservés à-peu-près au même niveau, et offrent différentes portions de leurs extrémités sur les deux bords opposés et très-élevés de vallons profonds ; quelques-uns même des courans de cette époque paroissent recouvrir des couches horizontales calcaires ou autres.
“Enfin l'on observe des suites de produits du feu, sous formes de culots et de courans résidant sur des schistes et des granits, et en même temps recouverts par des couches horizontales calcaires, et ils semblent appartenir à des âges plus anciens.
“Voilà donc trois ordres de produits du feu qui ont été combinés d'une manière particulière, et en différens temps avec les autres produits de la nature. Ainsi, les laves qui sont recouvertes par des couches horizontales calcaires sont d'une date antérieure au séjour de la mer en Auvergne, séjour pendant lequel les couches horizontales ont été incontestablement formées. En suivant cette même comparaison de la situation respective des laves avec les couches horizontales, il faut avouer que les courans qui recouvrent ces couches sont de beaucoup postérieurs aux premières laves qui en sont recouvertes.
“D'un autre côté, les laves des courans qui traversent d'un bord à l'autre des vallons, paroissent devoir être distinguées, quant au temps de leur formation, des courans qui ont cheminé jusqu'au fond de ces mêmes vallons. Ainsi il semble qu'on pourroit assigner entre les âges propres à ces deux ordres de produits du feu toute la suite de siècles nécessaires à la nature pour le creusement de vallons, qui ont environ deux cents toises de profondeur. Car il est évident que dans le temps de la production des laves, qui résident sur les bords des vallons, ceux-ci n'étoient pas creusés, au lieu qu'ils existoient lorsque les laves les plus modernes en ont gagné qu'elles occupent actuellement.
“De même entre les deux plus anciens produits du feu, dont les uns sont couverts de couches horizontales, et les autres les recouvrent, on doit remarquer le grand intervalle de temps qu'il a fallu a la mer pour ſormer des assemblages de couches, qui ont près de deux cents toises d'épaisseur.
“Tels sont les intervalles des trois époques que l'on pourroit assigner aux produits des volcans d'Auvergne, et qui paroissent fixées entre des limites nettes et précises35”.

Accès à la numérisation du texte


Auteur de la page — Hugues Marchal 2019/03/08 20:17


1 Charles Pougens, “L’Homme des champs, ou les Géorgiques françaises ; par Jacques Delille, Paris, Levrault […] et Charles Pougens […]”, Bibliothèque française, t. 1, n° 5, septembre 1800, p. 181-199.
2 Bibliothèque française, t. 1, n° 6, octobre 1800, p. 38-46.
3 Bibliothèque française, t. 1, n° 8, décembre 1800, p. 30-44.
4 T. 1, n° 5, septembre 1800, p. 181.
5 Ibid.
6 Id., p. 184-185.
7 Id., p. 189.
8 Id., p. 194.
9 Id., p. 195.
10 Id., p. 192.
11 Id., p. 185.
12 Id., p. 188.
13 Id., p. 192.
14 Id., p. 194.
15 Id., p. 198.
16 Id., p. 192.
17 Id., p. 186.
18 T. 1, n° 6, octobre 1800, p. 39.
19 Id., p. 39-40.
20 Id., p. 40.
21 Id., p. 40-41.
22 Id., p. 41.
23 Id., p. 41-42.
24 Id., p. 42.
25 Id., p. 42-43.
26 Id., p. 43.
27 Ibid.
28 Id., p. 43-44.
29 Id., p. 44-45.
30 T. 1, n° 8, décembre 1800, p. 35.
31 Id., p. 40.
32 Ibid.
33 Id., p. 40-41.
34 Id., p. 41.
35 Id., p. 42-44.