Mercure de France (Londres)

En avril 1800, une “société de gens de lettres” commence à éditer, à Londres, un Mercure de France, ou Recueil historique, politique, et littéraire. Également distribué sur le continent, par Fauche, à Hambourg, le titre émane de contre-révolutionnaires modérés et répond d'abord à “un plan très conscient de reconstitution du sentiment religieux par la littérature1”. Le projet est en effet dû au cardinal Boisgelin de Cicé, qui l'évoque fin 1799 dans une lettre au maréchal de Castries, en expliquant compter sur le concours de Delille, alors également fixé à Londres :

J’ai proposé à S. A. R. Monsieur [le comte d'Artois] une correspondance littéraire à laquelle il a pris le plus vif intérêt. C’est une sorte de conjuration de la littérature unie à la religion. Il faut que les hommes de lettres rendent à la religion tout ce que les littérateurs célèbres lui ont fait perdre. Il s’agit d’employer les hommes qui savent écrire à des ouvrages propres à faire aimer la morale et la religion, et si le roi voulait autoriser ma correspondance, ce qui ne le compromettrait sûrement en rien, je le prierais de vouloir bien nommer dans son approbation, MM. de la Harpe, Fontanes et Bergasse qui ont formé en France le projet de cette estimable association, et MM. l'abbé Delille, Baudus et Chateaubriand2.

En réalité, Delille ne semble guère avoir contribué au périodique, qui s'éteindra en 1801, après six volumes.

  • Anonyme, "L'Homme des champs…", Mercure de France, ou Recueil historique, politique, et littéraire, vol. III, n° 18, 30 septembre 1800, p. 387-396.

Auteur de la page — Hugues Marchal 2019/03/10 12:39


1 Fernand Baldensperger, “Chateaubriand et l'émigration française a Londres”, Revue d'Histoire littéraire de la France, 14e année, n°4, oct.-déc. 1907, p. 623.
2 Lettre au maréchal de Castries du 24 décembre 1799, citée in E. Lavaquery, Le Cardinal de Boisgelin 1732-1804, Paris, Plon-Nourrit, 1921, t. II, p. 245.