Émile Littré, Dictionnaire de la langue française

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Le Dictionnaire de la langue française d'Émile Littré compte parmi les plus fameux du XIXe siècle. Il commence à paraître en 1863 et connaît rapidement une deuxième édition. Son auteur a plusieurs objectifs qu'il décline sur la page de titre et qu'il détaille dans une préface. À l'égard de la nomenclature, Littré veut donner, en plus des mots contenus dans le Dictionnaire de l'Académie française, une large gamme de termes spécialisés. La prononciation de chaque mot est indiquée, ainsi que, lorsque de telles précisions s'avèrent utiles, des remarques orthographiques ou grammaticales. Littré veut également éclairer les diverses acceptions des mots par des exemples et des synonymes. Il s'appuie sur des lectures qui couvrent toute l'histoire de la langue française. Enfin, il donne ou discute l'origine de chaque mot.

Outre son effort d'exhaustivité, un des mérites du “Littré” est son originalité. Le philologue s'appuie bien sûr sur des dictionnaires antérieurs, mais seulement dans une moindre mesure. Ce désir de renouveler la lexicographie est particulièrement visible dans le choix des nombreuses citations qui illustrent les acceptions et l'histoire des mots. Pour trouver des exemples appropriés, Littré a profité d'une équipe de lecteurs, mise à disposition par son ami l'éditeur Louis Hachette (1800-1864), qui a compulsé de nombreuses œuvres anciennes ou modernes.

Ainsi, si quelques citations de Delille proviennent du "Bescherelle", comme Littré l'indique, la plupart d'entre elles n'apparaissent pas dans les dictionnaires déjà parus. Le recensement que nous donnons ci-dessous porte sur les quatre volumes de la seconde édition, publiés en 1873 et 1874, à l'exclusion du “Supplément” de 1877.

Au mot CORAIL, Littré cite le troisième chant de L'Homme des champs à côté des Trois Règnes de la nature.

Éponges, polypiers, madrépores, coraux, Des insectes des mers miraculeux travaux, delille, Homme des champs, iii. Qu'un ver emprisonné formerait le corail ; Mais ce noble arbrisseau, ces pierres, cet émail Ne sont que l'ornement et le luxe du monde, id. Trois règnes, v1.

Vers concernés : chant 3, vers 241-242

Omettant un hémistiche, Littré cite Delille pour illustrer le sens figuré du mot COURTISER. Telle que le lexicographe l'a tronquée, la citation ne laisse pas deviner le sujet de la phrase : il s'agit de Buffon.

Fig. Et, tel qu'un souverain, De loin et sur la foi d'une vaine peinture, Par ses ambassadeurs courtisa la nature, delille, Homme des champs, iii2.

Vers concernés : chant 3, vers 182-184

Littré cite Delille au mot CREVASSE.

Ici d'affreux débris, des crevasses affreuses, Des ravages du temps empreintes désastreuses, delille, Homme des champs, iii3.

Vers concernés : chant 3, vers 35-36

C'est à côté de Victor Hugo que Delille est cité au mot ENTASSEMENT.

ENTASSEMENT (an-tâ-se-man), s. m. || 1o Amas confus. Un entassement de papiers, de livres. Salut, pompeux Jura, terrible Montanvers, De neige, de glaçons entassements énormes, delille, Homme des champs, iii. D'autres villes…. Pleines d'entassements de tours, de pyramides, v. hugo, F. d'aut. 294.

Vers concernés : chant 3, vers 342-343

Delille est cité au mot PAN. À nouveau, le passage de L'Homme des champs est décontextualisé : le lecteur du Dictionnaire ne sait pas que les “prismes éblouissants” désignent des glaçons.

Prismes éblouissants, dont les pans azurés, Défiant le soleil dont ils sont colorés, Peignent de pourpre et d'or leur éclatante masse, delille, Hom. des ch. iii5.

Vers concernés : chant 3, vers 345-347

L'Homme des champs illustre l'usage réfléchi du verbe RAFRAÎCHIR.

8o Se rafraîchir, v. réfl. Devenir plus frais. Le temps se rafraîchit. Bacchus se rafraîchit dans les eaux des naïades, delille, l'Hom. des ch. iii6.

Vers concerné : chant 3, vers 448

Le long article THÉÂTRE inclut une citation de L'Homme des champs, illustrant une acception figurée.

13o Fig. Lieu où se passe quelque événement. […] Ces rocs tout calcinés, cette terre noirâtre, Tout d'un grand incendie annonce le théâtre, delille, Hom. des ch. iii7.

Vers concernés : chant 3, vers 143-144

Une nouvelle citation illustre l'adjectif VAPOREUX, EUSE dans son emploi substantivé. Le premier hémistiche est omis.

Là viennent se confondre La belle vaporeuse et le triste hypocondre, delille, Homme des ch. iii8.

Vers concernés : chant 3, vers 287-288

Accès à la numérisation du texte : Seconde édition (1873-1877), Gallica


Auteur de la page — Timothée Léchot 2017/10/17 13:18
Relecture — Morgane Tironi 2022/08/07 20:34


1 Émile Littré, Dictionnaire de la langue française […] Par É. Littré de l'Académie française, Paris, Hachette et Cie, t. 1, 1873, p. 805c.
2 Id., p. 867b.
3 Id., p. 894c.
4 Id., t. 2, p. 1418b.
5 Id., t. 3, p. 917a.
6 Id., t. 4, p. 1451a.
7 Id., p. 2214a.
8 Id., p. 2423a.