Roth, Thoune et ses environs

Cet ouvrage à valeur de guide touristique, publié en 1874, est la traduction d'un texte allemand d'Abraham Roth, Thun und seine Umgebungen, paru un an plus tôt chez le même éditeur. Il a pour objet la ville suisse de Thun et sa région.

Alors que l'original ne comporte guère de citations poétiques, le traducteur anonyme les multiplie, comme autant d'ajouts probablement destinés à suivre un usage attendu des lecteurs francophones.

Dans une description des cimes qui se découpent à l'horizon depuis les rives du lac de la ville, le traducteur a ainsi recours à un texte de Lamartine et au chant 3 de L'Homme des champs, afin d'introduire dans le texte deux de ces insertions versifiées, qui ne sont donc pas le fait de Roth.

Le fond du paysage est occupé par la large ceinture des hautes Alpes avec leurs cimes hardiment découpées, leurs puissants glaciers et leurs vastes champs de neige, qui étincellent comme l'argent le plus pur
     A cette heure où, frappé d'un rayon de l'aurore,
     Leur sommet enflammé que l'Orient colore
     Comme un phare céleste allumé dans la nuit,
     Jaillit étincelant de l'ombre qui s'enfuit.
                              (Lamartine.)
tandis qu'au coucher du soleil ces mêmes montagnes s'empourprent, comme un métal en fusion, sous les chauds rayons de cet astre et se transforment en
     Prismes resplendissants dont les pans azurés,
     Défiant le soleil dont ils sont colorés,
     Peignent de pourpre et d'or leur éclatante masse.
                              (Delille.)
A son tour cette imposante chaîne s'efface en partie derrière d'autres montagnes qui se profilent devant elles, sans toutefois troubler en aucune façon la beauté et l'harmonie du paysage ; elles lui donnent bien plutôt du mouvement et de la vie, et font d'autant mieux ressortir les formes de chacune des sommités et leurs caractères particuliers1.

Vers concernés : chant 3, vers 345-347.

L'original allemand est nettement plus concis, mais la comparaison permet de mesurer le travail de tressage assez fin réalisé pour intégrer les extraits des deux poètes à la version française :

Den Hintergrund nun füllen die Hochalpen in breiter Front mit ihren mannigfaltigen Gipfeln und ihren gewaltigen Firn- und Gletscherhängen, die im frühen Morgenschein wie lauteres Silber blitzen und in der warmen Abendsonne röthlich erglühen wie schmelzendes Metall. Auch diese erhabene Kette ist durch neue Vorberge unterbrochen, die jedoch nicht stören, sondern vielmehr das Gesammtbild beleben und die einzelnen Hochgebirgsgestalten in ihren Eigentümlichkeiten nur schärfer hervortreten lassen2.

Une planche vient compléter la description :

Accès à la numérisation du texte : GoogleBooks.


Auteur de la page — Hugues Marchal 2018/09/10 00:10


1 Abraham Roth, Thoune et ses environs, Berne, Librairie J. Dalp (C. Schmid), 1874, p. 17.
2 Abraham Roth, Thun und seine Umgebungen, Berne, Commissionsverlag der J. Dalp'schen Buch- & Kunsthandlung (K. Schmid), 1873, p. 16. (Soit, en suivant la traduction précédente : “Le fond du paysage est occupé par la large ceinture des hautes Alpes avec leurs cimes hardiment découpées, leurs puissants glaciers et leurs vastes champs de neige, qui étincellent à la lueur du petit matin comme l'argent le plus pur et qui au soleil du soir s'empourprent comme un métal en fusion. A son tour cette imposante chaîne s'efface en partie derrière d'autres montagnes qui se profilent devant elles, sans toutefois troubler en aucune façon la beauté et l'harmonie du paysage, etc.”)