L. Plée et al., Glossaire français polyglotte

Voir la synthèse thématique sur les Usages lexicographiques.

Les entreprises lexicographiques abondèrent au 19e siècle et ne connurent pas toujours le succès commercial escompté. C'est le cas du Glossaire français polyglotte, dictionnaire historique, étymologique raisonné et usuel de la langue française et de ses noms propres, qui, lancé en 1846, s'arrêta un an plus tard au second tome, sans dépasser la lettre E.

Le projet ne manquait pourtant pas d'intérêt : chaque double page se divise par un système complexe en colonnes, afin d'associer des définitions traditionnelles des termes, des précisions étymologiques ou historiques, et des “applications et récréations philologiques”, qui font la part belle aux citations littéraires.

     AGARIC. — Y a-t-il beaucoup d'articles dans nos Dict. d'hist. nat., qui en apprennent davantage sur ce champignon que ces vers de notre aimable et ingénieux Delille ?

     Là sont en cent tableaux, avec art mariées,
     Du varec, fils des mers, les teintes variées ;
     Le lichen parasite aux chênes attaché ;
     Le puissant agaric, qui du sang épanché
     Arrête les ruisseaux, et dont le sein fidèle
     Du caillou pétillant recueille l'étincelle1.

L'article “Agaric” vaut éloge de Delille, puisque les vers que ce dernier consacre au champignon sont traités comme une définition suffisante et complète (mais le Glossaire a soin de consacrer au même mot, dans une autre colonne, p. 120, un article plus traditionnel).


Vers concernés : chant 3, vers 507-512.

     ALPES. — En poésie, ce mot se prend pour montagne en général. Delille, par une hardiesse poétique, l'a dit même des avalanches :

     Souvent un grand effet naît d'une faible cause ;
     Souvent sur ces hauteurs l'oiseau qui se repose
     Détache un grain de neige : à ce léger fardeau
     Des grains dont il s'accroît se joint le poids nouveau;
     La neige autour de lui rapidement s'amasse ;
     De moment en moment il augmente sa masse:
     L'air en tremble, et soudain, s'écroulant à la fois,
     Bondit de roc en roc, roule de cime en cime,
     Et de sa chute immense ébranle au loin l'abîme :
     Les hameaux sont détruits, et les bois emportés ;
     On cherche en vain la place où furent les cités,
     Et sous le vent lointain de ces Alpes qui tombent,
     Avant d'être frappés, les voyageurs succombent.           Delille2.


Vers concernés : chant 3, vers 359-372.

Le troisième extrait ne comporte aucun commentaire sur les vers cités.

     CÔTEAU, versant d'une colline plantée en vigne. On a désigné sous le nom d'ordre des côteaux, les amis du bon vin qui connaissent les crûs divers et aiment les plaisirs de la table. : […]

     Mais le besoin commande : un champêtre repas,
     Pour ranimer leur force, a suspendu leurs pas ;
     C'est au bord des ruisseaux, des sources, des cascades ;
     Bacchus se rafraîchit dans les eaux des Naïades.
     Des arbres pour lambris, pour tableaux l'horizon,
     Les oiseaux pour concert, pour table le gazon,
     Le laitage, les oeufs, l'abricot, la cerise,
     Et la fraise des bois que leurs mains ont conquise,
     Voilà leurs simples mets ; grâce à leurs doux travaux,
     Leur appétit insulte à tout l'art des Méots.
     On fêle, on chaîne Flore, et l'antique Cybèle,
     Eternellement jeune, éternellement belle.
     Leurs discours ne sont pas tous ces riens si vantés,
     Par la mode introduits, par la mode emportés ;
     Mais la grandeur d'un Dieu, mais sa bonté féconde,
     La nature immortelle, et les secrets du monde.
     La troupe enfin se lève, on vole de nouveau
     Des bois à la prairie et des champs au côteau ;
     Et le soir dans l'herbier, dont les feuilles sont prêtes,
     Chacun vient en triomphe apporter ses conquêtes.      Delille3.


Vers concernés : chant 3, vers 445-464.

Accès à la numérisation du texte


Auteur de la page — Hugues Marchal 2017/02/08 01:38
Relecture — Morgane Tironi 2022/08/07 20:38


1 Glossaire français polyglotte, dictionnaire historique, étymologique raisonné et usuel de la langue française et de ses noms propres, Blois, Bureau central, 1846, t. I, p. 129.
2 Id., t. I, p. 196.
3 Id., 1847, t. II, p. 263-265.