Decker et Levrault, "Ankündigungen neuer Bücher" (Allgem. Literatur-Zeitung)

L'Allgemeine Literatur-Zeitung, un des périodiques littéraires majeurs en langue allemande pour la période dite Frühromantik, propose à la fois des comptes rendus d'ouvrages et des réclames de librairie, réunies dans un supplément, l'Intelligenzblatt der Allgem. Literatur-Zeitung. Or ce bulletin contient, dès novembre 1797 et en première page, une annonce de la publication prochaine de L'Homme des champs, accompagnée d'un appel à souscription, le tout en français.

Bien que les éditeurs de Delille aient fait paraître des réclames similaires dans d'autres périodiques, ce texte semble le seul à contenir certains détails sur les formats sur le réseau de correspondants mis en place, outre-Rhin, par Decker et Levrault.

L'annonce ne contient aucun extrait en vers. Pour donner un aperçu général de l'œuvre, elle cite une partie de la préface, où Delille expose le plan de son poème.

L'homme des Champs, ou les Géorgiques Françaises ; Poëme en IV. Chants, par Jacques Delille.

Pour faire connoître le plan de ce poème, nous ne pouvons faire mieux que d'emprunter les paroles de l'auteur lui-même : le passage suivant est extrait de sa préface.
“Ces nouvelles Géorgiques n'ont rien de commun avec celles qui ont paru jusqu'à ce jour, et le nom de Géorgiques, ainsi que dans d'autres poèmes françois, et particulièrement dens le Poëme des Saisons du cardinal de Bernis, est employé ici dans un sens plus étendu que son acception ordinaire. Ce poème est divisé en quatre chants, qui, tous relatifs aux jouissances champêtres, ont pourtant chacun leur objet particulier. […]
Le troisième chant est consacré à l'observateur naturaliste, qui, environné des ouvrages et des merveilles de la nature, s'attache à les connoître, et donne ainsi plus d'intérêt à ses promenades, de charmes à son domicile et d'occupations ses loisirs ; se forme un cabinet d'histoire naturelle, orné, non de merveilles étrangéres , mais de celles qui l'environnent, et qui, nées dans son propre sol, lui deviennent plus intéressantes encore. Le sujet de ce chant est le plus fécond de tous, et jamais une carrière plus vaste et plus neuve ne fut ouverte à la poésie1. […]”

Suit une liste détaillée des éditions prévues, dont le prix va de 1 à 18 thalers. Bien que le texte prétende que la parution des premiers exemplaires doit avoir lieu “incessamment”, seules les éditions relativement luxueuses, et par là susceptibles de séduire des souscripteurs, sont indiquées (aucun exemplaire sans gravure n'est encore proposé).

Les éditeurs de ce poème en feront paroitre plusieurs éditions.
L'une, in 4°, sur papier grand-jesus vélin superfin d'Annonay, sera ornée de 4 gravures de Guérin, l'ainé, connu surtout par sa belle estampe de l'Amour désarmé : il n'en sera tiré que 250 exemplaires.
Cette édition sera necessairement retardée de quelques mois par la gravure des planches, et la confection de caractères nouveaux ; mais les editeurs, pour satisfaire à l'empressement du public, en publieront incessamment plusieurs autres de différens prix et formats.
L'une, grand in 8°, avec gravure, grand-raisin vélin superfin d'Annonay et tirée à 100 exemplaires ;
Une autre, in 8° ordinaire, avec gravure, sur carré velin d'Annonay ;
Et la même, sur papier blanc, aussi avec gravure.
Une édition in 12, avec gravure, sur papier grand-raisin vélin superfin d'Annonay : il n'en sera tiré que 100 exemplaires ;
La même, sur carré vélin d'Annonay avec gravure ;
Et la même sur papier blanc, pareillement avec gravure.
Une édition in-18, avec 4 gravures, papier grand-raisin vélin superfin d'Annonay ; il n'en sera tiré que 400 exemplaires ;
La mème édition sur papier fin, avec 4 gravures ;
Et en papier ordinaire, avec une gravure.
Les éditeurs recevront des souscriptions pour ces différentes éditions.
Les épreuves des gravures seront délivrées exactement à chaque souscripteur d'après le numéro de l'inscription.
Les souscripteurs de l'édition in 4° recevront gratis un exemplaire de l'in-12, papier blanc, en payant d'avance le prix de la souscription.
Le prix du grand in-4°, papier grand jésus vélin superfin d'Annonay, avec 4 gravures, avant la lettre, sera de. 18 Rthlr. avec la lettre. 15 Rthlr.
L'édition in8° sur grand-raisin vélin superfin d'Annonay, avec une gravure avant lettre. 6 Rthlr.
La même, sur carré velin d'Annonay, avec une gravure, premières épreuves avec la lettre, 4 Rthlr. La même, papier blanc collé, avec gravure. 2 Rthlr.
L'édition in-12, sur grand-raisin vélin d'Annonay, gravure avant la lettre. 4 Rthlr.
La même carré vélin d'Annonay, premières épreuves avec la lettre. 3 Rthlr.
La même, papier blanc collé, avec gravure. 1 Rthlr.
L'édition in-18, papier grand-raisin velin superfin d'Annonay, avec 4 gravures, avant la lettre. 5 Rthlr.
La même, papier vélin, 4 gravures, premières épreuves avec la lettre. 2 Rthlr.
La même, papier fin, avec 4 gravures. 1 Rthlr2.

L'annonce se poursuit par une imposante liste de correspondants, qui montre l'étendue du réseau mis en place par Decker, chargé de servir les clients installés outre-Rhin. De Francfort à Moscou, et de Riga à Prague, pas moins de 24 libraires, installés dans 23 villes distinctes, sont mentionnés.

L'on souscrit pour ces differentes éditions chez J. Decker, imprimeur-libraire à Bâle, et chez F. G. Levrault, imprimeur-libraire à Strasbourg.
Messieurs les libraires suivans se sont principalement chargés de recevoir des souscriptions pour l'Allemagne et pour le Nord :
George Decker, à Berlin.
Rottmann, –
Theoph. Guill. Korn, à Breslau, Varsovie et Posnanie.
De Maisonfort, à Brunsvic.
Troschel. à Danzig.
Walther à Dresde.
Eslinger, à Francfort.
Fauche et Comp. à Hambourg.
Nicolovius, à Koenigsberg.
Leo, à Leipzic.
Rabenhorst, –
Fontaine, à Mannheim.
Courtener, à Moscou.
Michaelis, à Neu-Strelitz.
Grattenauer, à Nuremberg.
Gerstenberg et Dittmar, à Pétersbourg et Gotha.
Decker et Compag., à Posnanie.
Calve, à Prague.
Hartknoch, à Riga.
Stettin, à Ulm.
Wappler, à Vienne.
Degen, –
Schaumbourg, – 3

Enfin, une dernière phrase incite “les personnes curieuses de savoir quelques détails sur la nature et le mérite de ce poème” à “consulter le Mercure allemand de Mr. Wieland, mois d'Août 1797”, ce qui suggère que cet article du Merkur a bien fait partie des dispositions prises par Decker et Levrault pour rendre le public attentif à leur projet.


Auteur de la page — Hugues Marchal 2017/12/30 18:39


1 Intelligenzblatt der Allgem. Literatur-Zeitung, n° 136, 1er novembre 1797, p. 1137-1138.
2 Id., p. 1138-1139.
3 Id., p. 1139-1140.