Delille, “Fragment des Géorgiques Françaises” (Almanach des Muses)

Dans sa livraison de 1798, l'Almanach des Muses propose deux extraits de L'Homme des champs. Le premier reproduit l'ouverture du chant II, accompagnée d'une note précisant qu'il s'agit d'un “Nouveau poëme en quatre chants, qui s'imprime à Basle1”. Le second extrait est plus bref et, bien que cette précision ne soit pas donnée, il est tiré du chant 3.

En réalité, cette livraison de l'almanach confirme l'impact de l'article de Böttiger paru quelques mois plus tôt, en août 1797, dans le Neue deutsche Merkur, puisque le périodique français se contente de reproduire deux des extraits déjà proposés, en avant-première, par la revue allemande2. En dehors des vers, toutefois, le texte de Böttiger ne semble pas avoir été exploité : seule la seconde partie du titre définitif est utilisée pour désigner la nouvelle œuvre, alors que le texte allemand donnait déjà le titre complet.

L'Almanach des Muses écarte curieusement le premier vers de l'extrait tel qu'il figure chez Böttiger (“Mais sans quitter vos monts et vos vallons chéris”), créant ainsi un vers orphelin.

fragment des géorgiques françaises

Voyez d'un marbre usé le plus mince débris.
Quel riche monument ! de quelle grande histoire
Ses révolutions conservent la mémoire !
Composé des débris de l'empire animé,
Par la destruction ce marbre fut formé.
Pour créer ces débris dont les eaux le pétrirent,
De générations quelles foules périrent !
Combien de tems sur lui l'océan a coulé !
Que de tems dans leur sein les vagues l'ont roulé !
En descendant des monts dans les profonds abimes ;
L'océan autrefois le laissa sur leurs cimes :
L'orage dans les mers de nouveau le porta,
De nouveau, sur ses bords, la mer le rejeta,
Le reprit, le rendit. Ainsi rongé par l'âge,
Il endura les vents, et les flots, et l'orage.
Enfin de ces grands monts, humble contemporain,
Ce marbre fut un roc, ce roc n'est plus qu'un grain :
Mais fils du tems, de l'air, de la terre et de l'onde,
L'histoire de ce grain est l'histoire du monde.
               Par le C. Delille3.

Vers concerné : chant 3, vers 202-220.

Signe des temps, Delille est nommé “C[itoyen]”, comme tous les auteurs cités dans le numéro.

Accès à la numérisation du texte : HathiTrust.


Auteur de la page — Hugues Marchal 2017/11/12 20:37


1 “Commencement du second chant des Géorgiques Françaises”, Almanach des Muses pour l'an VIe de la République française (1798), p. 9.
2 Si l'Almanach écarte les deux autres extraits divulgués par le Merkur, c'est que l'un est trop court pour être exploité, tandis que l'autre sera reproduit dans la livraison suivante de l'Almanach (an VII).
3 Id., p. 236.